Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /Oct /2008 04:59

Texto... "What are you doing, now ? I'll go drink some beers with my friend, do you want come with me?"
"Ok... I just need few minutes"...
5 minutes après, la moto m'attendait devant le portail.
J'enfourche le carrosse, plonge dans la nuit...

On roule pendant 20minutes, Ho Chi Minh est immense.
Le bolide brave ses concurrants, klaxonne comme eux, intrépide et conquérant.
Sur mon visage, le sourrire vietnamien... Je le tiens...

Je parle avec Phuong, mais j'écoute pas vraiment; j'ai les yeux dans le vent et la vie qui m'endrape, là, ce soir...
Je ne sais même pas où on va. Je ne sais même pas qui il y aura.
Peu importe. Tout me va...

La monture ralentit... A peine ai-je le temps de tourner la tête que tous sont déjà là.
"Nice to meet you! "
Naïve, je me dis "chouette, ils parlent anglais !"
Mais non... C'est encore plus beau. Ils ne parlent pas. Ils ont juste appris ça...
J'étais attendue... C'est fou. Juste fou...

Je m'assoie à la table quand on m'y invite. Regarde les gens un par un. Je fais ma ronde, mais eux ne bougent pas : ils me regardent. Ils sourient. Il y a le frère de Phuong, 5 de ses copains, et son père.
Je bois la bière que l'on me serre. Goûte les fruits que l'on me tends. Fume les clopes que l'on porte à ma bouche.
J'ai envie de donner. J'ai les poches vides. Enfin, j'ai des sous, mais ça représente rien. On partage pas les sous comme on partage un fruit. Ca veut rien dire. C'est moche...
Je sourris. Ca, je peux faire...

Une fille bloque vraiment sur moi. En rigolant, je l'imite. Tout le monde éclate de rire.

On me tends des baguettes... J'avoue, j'ai encore du mal à manger avec... Ils le comprennent tout de suite, et c'est 8 paires de mains qui s'élèvent au dessus de la table pour me montrer.

Mais aucunes ne les tiens comme ses voisines... J'ai donc le choix : 8 manières de tenir les inssolantes...

J'ai un petit bol devant moi, avec un quartier de pomme. J'essaie.

Pas de timidité, pas de honte.

J'arrive à le bloquer entre les 2 rebelles. Mais impossible de les faire trinquer.

Je lève la tête, ils ont tous arrêté de respirer.

Les yeux comme aspirés par l'exploit qui, peut-être, va se dérouler.

Plus de sourires. Plus de gestes.

Ils attendent à la ligne d'arrivée les 2 concurrants, en se demandant qui va gagner.

Mon agilité, ou ma maladresse.


Je ne bouge plus non plus, je crois.

Je ne regarde plus mes baguettes. Ils sont bien plus drôles qu'elles.

La fille relève un peu la tête, comme si le silence l'appellait hors de sa semi-torpeur.

Je lui fais un clin d'oeil.

En 2 secondes, je réalise un tour de magie... Attrape le quartier de pomme avec ma main libre, l'extirpe des echasses; j'abandonne sur la table les 2 moqueuses et, avec ma main libérée, me cache pendant que je triche : c'est ma main gauche qui me nourrit.

Tout le monde éclate de rire. Le garçon à côté de moi me tape sur l'épaule, et me ressert de la bière.


Il se lève, s'en va. Un autre récupère le siège vide. Essaie de me parler, éclate de rire.

Phuong lui demande ce qu'il veut dire. Il a l'air gêné.. Il se marre, tout le monde aussi. Il envoie chier la tablée, boit sa bière.

Se rapproche de mon oreille... Je suis sur le qui-vive : s'il l'a touche, il va se prendre une giffle. C'est grave, mais c'est comme ça, c'est mon reflex. Comme quelqu'un qui tape le genoux et lève la jambe. Moi, on me touche l'oreille, je giffle. Même quand je dors...

J'aimerai bien lui épargner ça. Je retiens mon souffle, mets les mains dans les poches.

Je sens mes muscles prêts. Contractés, comme si j'étais anxieuse. C'est la première fois depuis que je suis au Vietnam que je sens mon corps stressé. Je respire... Et, en soufflant, le calme me reprend.

Il est là, ce sentiment de bien être. Il me charme facilement, j'ouvre les vannes. Sourie.

S'il me touche l'oreille, ça me fera peut-être rien.

C'est peut-être un malaise lointain...

Il a sentie qu'il se passait quelque chose. Il avait pris ses distances, respectueux. Je lui sourie, me sens stupide. Tout ça pour une oreille... Je m'avance, lui tape l'épaule, tchïne avec lui.

Tous les verres se lèvent, s'entrechoquent, arrivent jusqu'à moi, m'éclaboussent.

On s'ennivrent... Juste un peu, pour le plaisir. Amicalement...

Il reprends du poil de la bête, son courage dans les mains. Il me murmure quelque chose que je ne comprends pas. Anglais ? Vietnamien ? Impossible de savoir... A-t-il seulement dit quelque chose ?

« Baïdatchou », ça veut dire quelque chose ???

Et là, dans ses yeux, je comprends... Ils parlent vraiment mieux que lui...

J'éclate de rire, j'éspère qu'il ne s'en est pas vexé... « I like you », c'est ce qu'il me disait...

Consciencieuse, je mèle mon anglais à leur façon de le parler : « Bee Too » , le mélant à une tape sur l'épaule.

L'autre revient... « Badda », c'est son nom. Il a trois roses avec lui. Une pour Phuong, une pour la fille qui me regarde toujours, une pour moi... Je prends la teinte de la fleur... Com Eun (Think you)...

Ils sont vraiment trop gentils...


Phuong me demande si je veux rester avec eux. Phuong s'occupe toujours de moi. Me demande comment ça va, si je suis heureuse, me traduit ce qu'ils disent, me sourrie, me materne.

Ou plus exactement, Phuong me demande si je veux « bien » rester avec eux...

« Yes, don't worry for me, I'm verry happy to be here. »

« Now, we go to the Karaoké, can I carry you with us? »

« Oh, where you want go, I stay with you... »


C'est génial. En France, je m'excusais toujours de ma présence.

Je me sentais de trop partout.

Peut-être à cause de tous les comptes que je devais rendre, tant au niveau financier qu'au niveau occupation. Je sais que de la part de mes parents ce n'était pas méchant, mais devoir sans cesse justifier du lieu où je me trouvais, de la raison, de ce que j'y faisais, etc., ça n'a pas bati ma confiance en moi. Au contraire. Ca m'a fait grandir avec le sentiment que j'étais surveillée. Que je n'étais pas autonome. Même au sein de ma maison, changer d'une pièce à une autre équivaut à DIRE. A expliquer, d'où je viens et où je vais. Faire un bruit dans ma chambre implique RACONTER. Ce que je fais, et pourquoi. M'asseoir à l'ordinateur veut dire JUSTIFIER. Ce que je cherche. Quand je suis triste je me DOIS de parler. Sinon on s'imagine à ma place que c'est à cause d'eux que je suis contrariée. Alors il me faut rassurer...

Je sais bien que pour eux, c'est « communiquer ». Mais pour moi, c'est trop. C'est pas ça, parler.

Ca m'a juste greffé le malaise d'être quelque part.

Donné l'habitude malsaine d'avoir le besoin de me justifier. De m'excuser.

De me sentir de trop. Partout. A ma place, nul part.


Ici, je me sens bien.

Je sens, punaise, que je ne suis pas de trop.

Si en France, même chez mes amis, je finissais par partir au bout d'un certain temps, ce n'était pas l'envie mais la pensée que je m'imposais peut-être. Voilà mes besoins d'être seule : la solitude était le seul endroit où je n'étais pas de trop.


Ici, je le sens. Que je suis bien. Qu'ils sont contents que je sois là.

Je ne lui réponds pas « Oui, je veux bien, si ça ne t'embête pas ».

Je lui réponds « Où que t'aille, je te suis. »

Jamais je n'avais été capable de dire ça avant.

Jamais, du coup, ça ne m'avait semblé normal.

Ca l'est, pourtant.

Ici en tous cas...


Je reçois un texto...

« Where are you know ? I just finish to have a lunch. Do you want I go to carry you with me ? I'll join my friends ». Anh Thu... Son anglais n'est pas très bon, le mien non plus, on se comprends très bien pourtant, ça suffit...

Je suis tellement... Heureuse...

D'avoir rencontré ces gens, qu'ils pensent à moi, qu'ils m'entrent dans leurs mondes.

Qu'ils m'entourent, demandent ma présence.

Je ne sens pas ça comme de la charité, vraiment pas.

Je n'ai pas dans mes pensées l'idée que, peut-être, ils ont pitié de se dire que je suis loin de mes amis.

Au contraire, d'ailleurs. Jamais je n'ai autant eu le sentiment d'avoir des amis...

Anh Thu est une fille que j'ai rencontré dans un bar.

J'étais seule avec ma bière. Victime du hasarre et de ma bonne volonté.

Tous les français que je connaissais étaient à la maison.

Moi j'en étais partie.


Elle m'avait fait un signe, quand j'étais seule. J'y avais répondu.

Elle avait insisté, était venue me chercher.

Je m'étais join à eux. 6 vietnamiens tout sourire et toute patience.

J'avais passé la soirée avec eux. On avait dansé, on avait rit.

Jahôn m'avait prit dans ses bras.

M'avait dit que j'étais belle.

Qu'il voulait que je sois heureuse, et qu'il m'aimait bien.

On avait trinqué à nos lacunes. A nos silences.

On avait trinqué aux langues qu'on ne comprennait pas.

A la bonne humeur. A nos rencontres.

On a cassé des bières, on a mélé l'alcool.

On s'est repris dans nos bras.

On a trinqué à l'amitié.

A l'amour, présent ou perdu.

Puis le concert était fini, mais on était resté.

Jahôn avait prit une guitare. A moins que ce soit quelqu'un d'autre.

Les yeux étaient ivres, ils brillaient de bonheur.

Moi j'avais pris le piano. Sous mes mains, dans mes mains.

Comme à chaque fois.


Les serveurs étaient debouts, c'était fini.

Mais on se connait, depuis.

On s'échange des sourires à chaque fois.

Ils étaient venus me voir.

« You are lovely »...

Tout génés.

C'est des amis...

Faut pas chercher...


Alors tu penses, je lui réponds, à Anh Thu...

« Hello, how are you today !? I hope fine ! Thinks to think about me... I'm with a girl I met yesterday, and her friends. Do you want met them ? If you prefer, we can see us tomorrow... Hope see you soon»

« Oh, ok... very sad... No, my friends are even in a bar, so... I want to see you tomorrow. Care about you, don't come back your home latter»

Ils me font trop rire, ces vietnamiens... Ils sont trop mignons.

A chaque fois, ils me disent ça.. « Ne rentre pas tard, fais attention à toi. Etc.... »

La dernière fois, c'est même le serveur qui m'a dit « Don't drink more. Come back your house now ». Pas que j'étais saoule, loin de là... Juste qu'il veillait. C'était Dat, faut préciser... :)


D'ailleurs, le prochain texto est de lui...

« What are you doing NOW ? »


Je me sens tellement bien...


Tout le monde se lève. Je range le portable, j'ai pas envie de draguer le clavier aux dépens de la soirée. Surtout pas...

Tout le monde enfourche une moto, 3 personnes me tendent un casque et m'invitent à m'asseoir derrière eux.

Je reste avec Phuong. Je l'aime bien.

J'associe mes kilos aux siens, le bolide n'a qu'à bien se tenir.

On reprends la route...

Sur le chemin, le garçon qui m'a dit « I like you » essaie de se battre avec moi.

Bien sûr, je joue le jeu... Délicate comme on me connait, je lui fous un grand pin.

Et... Il m'assome.

On éclate de rire.

La route n'est plus dangereuse, pour moi.

Elle est merveilleuse.

Gouvernée par l'absurde, en proie au besoin d'être agile.

J'ai pigé le truc.


On arrive au karaoké.

Un puzzle géant, un labyrinthe de pièces avec une grande télé, des canapés et des télécommandes.

A la place de la carte des menus, la carte des chansons.

Chacun fait son choix...

Les serveurs amènent une caisse de bières.

La mienne est la première ouverte. Par Bappa.

Tout le monde trinque.

La musique se lançe.

Tout le monde chante.

Moi je comprends rien.

Mon ami boxeur m'invite à danser.

Même pas de gêne... Tout est trop naturel. J'y vais...

Puis je danse avec Phuong. Il essaie de me récupérer.

Reste accroupi à nous regarder. On rigole tous.

J'aime le Viet Nam.

Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire - Par robinson
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